Création ou destruction de valeur ?

               Le dernier dîner de gala de l’Excellence RH réunissait économistes, startups, grands groupes, DRH, consultants experts sous le signe de la femme digitale. Le thème dominant portait sur la transformation digitale, destructrice ou créatrice de valeurs ?

Clean the ocean
Création ou destruction de valeur ?

 

Si tous s’accordent sur l’accélération du phénomène et les impacts sociaux à venir, il n’en reste pas moins plus de questions que de réponses à ce stade.

Pour tenter de poser les enjeux de la digitalisation et peut être y répondre, le jeu d’échecs peut nous aider à y voir plus clair avec 5 points communs avec la transformation digitale :

1. Deux camps distincts  : les startups et les grands groupes.

Comme jeu d’échec, deux grands camps les blancs contre les noirs, les grands groupes face aux startups.  Le dernier livre blanc de Linkfluence et Publicis Nurun sur la transformation digitale vue du web rappelle qu’il y est plus question d’affrontement que de cooptation pour ne pas dire de Far West. Sur le territoire de la transformation digitale, les startups sont du côté des blancs, du fait de leur temps d’avance et de leur agilité, sans compter leur avantage psychologique lié à leur leadership. Les grands groupes semblent être du côté des noirs, et tentent pour éviter d’être ubérisés d’obtenir au mieux un match nul. Les théoriciens du jeu d’échecs reconnaissent l’avantage des blancs grâce à ce fameux coup d’avance. Sous réserve de « positions dynamiques et déséquilibrées », donc loin des positions conservatrice ou de routine, le jeu des noirs peut obtenir « un contre-jeu actif » plutôt que de se limiter à vouloir égaliser. A bon entendeur.

Start up : un temps d'avance
De la place pour les petits comme pour les grands

 

2/ La matière grise et la créativité sont les meilleurs atouts.

Les rôles et les statuts changent avec la transformation digitale. Comme aux échecs, il n’est plus question de droit régalien, d’establishment, de statut social pour pouvoir jouer. C’est ainsi que ce jeu est très vite passé du « jeu des rois » réservés à une élite au « roi des jeux » ouvert à tous. Si les années de pratique peuvent compter, l’âge n’y est pas forcément vertu. Les nouveaux entrants peuvent donc être des plus déstabilisants et les disruptions peuvent effectivement venir de partout : blitz, sacrifice, combinaisons, gambit. Dans le digital, le plus fort n’a pas forcément raison, mais c’est le plus agile. Comme dans le « Joueur d’échecs » de Sweig, le combat symbolique des deux joueurs en compétition sur le bateau de croisière s’apparente en fait à celui de la transformation digitale entre vieux et nouveau monde : il symbolise le combat entre la brutalité et la créativité, le calcul froid et l’imagination, le ROI à court terme et les nouveaux modèles de redistribution de la valeur… S’il y a de la place pour les petits comme les grands et une très grande diversité des acteurs, la transformation digitale, comme au jeu d’échecs, n’est jamais jouée d’avance.

De la créativité, encore de la créativité
De la créativité, encore de la créativité

 

3/ Les compétences sont déterminantes dès le début de la partie.

Rien ne serait écrit à l’avance quand il s’agit de transformation digitale. En réalité la qualité des ouvertures au jeu d’échecs comme en transformation digitale reflète très vite la maturité voire la compétence sur le sujet. La démarche et l’expertise sont d’autant plus décisives quelles démontrent à chaque coup s’il y a une vision stratégique ou juste des réactions plus ou moins opportunistes voire intempestives. Comme le rappelle le parfait manuel du joueur d’échecs « Maître contre amateur » de Max Euwe et Walter Meiden, quand l’amateur affronte le maître, il perd … naturellement. L’agilité et le dynamisme des startups viennent interroger profondément la rigidité supposée des entreprises traditionnelles. Les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), les NATU (Netflix, AirBnB, Tesla et Uber) ou les BATX chinois (Baïdu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) nous le démontrent en tous les cas tous les jours sur le terrain de la bourse et de la captation de la valeur, tout secteur confondu.

GAFA, NATU, BATX ...
GAFA, NATU, BATX …

 

4/ Aucune partie ne ressemble à une autre.

Cela explique en grande partie pourquoi la transformation digitale n’est pas transposable d’une entreprise à l’autre et ressemble particulièrement de ce point de vue au jeu d’échecs.

La modélisation à taille humaine connaît en tous les cas ici ses limites : le plateau de jeu aux échecs se résume pourtant à 64 cases. Mais l’estimation du nombre de parties différentes correspond au nombre de Shannon, soit 10120. Ce nombre, pour le clin d’oeil, est plus grand qu’un googol (10100), qui a pourtant donné son nom au célèbre moteur.

Comme en innovation, les tentatives de modélisation trop réductrices ne couvrent pas le champ du possible de la transformation digitale. Soyez d’autant plus vigilant à l’appel des sirènes ou des prestataires qui vous proposent des solutions toutes faites et reproductibles d’une entreprise à l’autre.

Vers une modélisation possible ?
Vers une modélisation possible ?

 

5/ Au jeu des prédictions, la machine a déjà gagné.

Si vous aviez encore des doutes, même après que Deep Blue d’IBM ait gagné en 1997 aux échecs, AlphaGo, le programme d’intelligence artificielle de Google, s’est vu décerner le titre de grand maître du go le plus élevé en 2016, jeu disons le plus humain pour sa créativité et son risque d’erreurs qui explosent le potentiel des possibilités. Les prédictions de Ray Kurzweil sur l’avenir d’ici 2099 sont des plus explicites sur la domination de la machine. La singularité technologique y fait son apparition dès 2045 pour devenir universelle en 2099.

IA : La machine a déjà gagné ?

 

La question de la création ou de la destruction de valeur est en fait presque dépassée. Jacques Ellul, loin d’être technophobe, parlait déjà en 1988 d’impasse technologique du fait d’une confusion des moyens et des fins inhérente à celle-ci. Il semble aujourd’hui sans mauvais jeu de mots impossible de faire machine arrière

Mais sans doute,  sans s’asservir, ni se servir, est-il encore possible de servir… A nous de jouer.

Auteur : Nathalie SCHIPOUNOFF

 

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