Redéfinir ses frontières au temps du big data

Le big data, un défi informatique mais surtout humain.

Le phénomène « big data » (littéralement collecte de grosses données) est considéré comme l’un des grands défis informatiques de la décennie 2010-2020, mais indéniablement aussi celui des sciences humaines.

frontières et big data
frontières et big data

 

Il engendre une dynamique importante tant par les administrations et les sociétés privées, que par les spécialistes sur le terrain des technologies comme des usages. Au delà des aspects techniques, les données captées deviennent la propriété des sociétés à l’origine de cette captation et posent non seulement  la question d’une quantification de nos vies sur Internet, des effets de bord de la prédictibilité, mais aussi de nouvelles formes de stress.  Les données emmagasinées dans le monde ont été multipliées par 4, rien qu’au cours des derniers 5 ans. A lui seul Google traite 24 péta octets (1015 octets) de données par jour et Facebook a déjà dépassé Google en nombre de requête sur son propre site. La révolution à venir est à la fois dans les machines qui captent ces données, la façon dont elles seront traitées et les fins pour lesquelles elles seront utilisées.

Le learning machine vs liberté inviduelle ?

A titre d’exemples, grâce à la data collectée sur Internet, dans un hangar il y a dès à présent un livre déjà emballé et étiqueté à l’adresse d’un lecteur potentiel, qui n’a pourtant même pas encore pensé à ce titre, mais pour lequel les algorithmes et le learning machine d’Amazon ont déjà calculé une très forte probabilité d’achat; depuis plus de 10 ans déjà, Google utilise sa base de données et son algorithme pour nous placer « la bonne publicité, au bon moment, sur la bonne device », mais s’interroge sur la possibilité d’enrayer les utilisateurs d’Adblock qui permet de bloquer toute publicité sur écran ou encore d’AdNauseam qui génère des faux clics pour déboussoler les logiciels de tracking.

learning machine

La question candide pourrait être celle de ce qui motive les internautes inscrits à Google, à Facebook à donner, transmettre, partager cette quantité de données personnelles ou à s’équiper pour plus de 25% d’objets connectés à porter sur soi (wearable connected), alors que d’après la grande enquête réalisée par l’INA dès 2012, les Français se sentaient déjà inquiets à 72% sur l’utilisation de leurs données sur Internet par ces mêmes sociétés. Même aux Etats-Unis, suite à une récente étude post Snowden, la permission et le caractère public sont des éléments clés qui influencent le point de vue sur la surveillance.

Dans l’entreprise, chez Atos par exemple, le programme zero mail a induit certes de la productivité, mais qu’en est-il des phénomènes de sousveillance cette fois-ci induit via le RSE (réseau social d’entreprise) et l’impact réel sur les effets de bord managériaux ?

Plus prosaïquement que cache l’inconscient des individus dans ce nouveau paradigme ? A priori, un  simple calcul entre l’avantage des usages à court terme versus les pertes éventuelles de liberté à moyen voire long terme.

La perte de frontières : 1ère cause d’anxiété et de surchauffe

Achille Weinberg nous éclaire sur un autre angle il nous semble plus pertinent, celui de territorialité avec la « détermination des frontières qui resterait pour un organisme un enjeu central pour sa survie »[1]. Qu’advient-il quand les frontières s’effritent, quand l’interpénétration du réel et du virtuel est quasi permanente : surchauffe ou résistance ? Pour les plus pessimistes qui ont suivi des cours de biologie, après la symbiose vient le temps de la prédation et du parasitisme, un prémisse du « web 5.0 » ?  Nous pensons qu’il existe d’autres voies, même si la porosité des deux mondes, virtuel et réel, devient de plus en plus prégnante dans tous les domaines.

D’après notre étude clinique menée en 2014[2],  la gestion des conflits d’interfaçages, la confusion entre le temps de l’homme et celui de la machine, ou plus précisément celui du code peuvent produire chez l’individu une sensation de vertige notamment face au phénomène d’infobésité[3], un goût inexpliqué de métal dans la bouche ou encore une fatigue qui s’apparente à de la surchauffe. L’auto-censure, l’intériorisation des contraintes ont pu également être mis en lumière pour préserver par exemple son employabilité. Si nous assistons à véritable  « renouveau » du lien social notamment sur Facebook et pourquoi pas dans les réseaux d’entreprise, Facebook a dès début 2015 officialisé dans ses conditions générales d’utilisation, la possibilité d’utiliser plus officiellement la data à des fins de prédictibilité comportementale de ses usagers. Les comptes sur Facebook sont encore loggués ou déloggués d’un seul clic, mais ce n’est plus qu’une question de protocole technique pour pouvoir être maintenu dans le flux continu des data et des liens entre avatars numériques : à très court terme, avec l’arrivée proche du web 4.0, dit web symbiotique via les objets connectés, nous serons dans Internet au lieu d’aller sur Internet. Il ne manque que le protocole commun entre les différents objets connectés pour qu’ils puissent plus facilement communiqués entre eux et effacer progressivement la frontière entre les deux mondes, peut être avec le Near Field Communication ou le iBeacon via des balises bluetooth par exemple.

Réapprendre à ralentir pour éviter les sorties de route  ? 

Peut-on encore « déjouer » cette capture continue de data, ce temps de la « machine » et cette perte de frontières pour préserver la suspension des délais, la flânerie, une forme de bohème, même numérique, sources inépuisables de créativité, de ressourcement, parce que justement non programmables ?

Nous vous proposons dès à présent de ralentir, de décélérer pour pouvoir justement mieux repartir, mieux accélérer si besoin et à bon escient. Nous vous invitons à retrouver une forme de sérénité, de recul avant la surchauffe, voire le burn out pour reprendre tout simplement le pas sur les outils numériques.

Pour en savoir plus sur nos solutions digital zen et big data ethique .

[1] N° 256 Sciences Humaines – Février 14 « L’individu, secret de fabrication »

[2] « Pourquoi Internet mangera mon Père : le complexe d’Œdipe à l’heure d’Internet se réactualise t-il dans les rapports d’autorité, les relations intersubjectives et l’organisation des liens sociaux entre le jeune adulte et le manager d’une entreprise du Net ».

[3] Infobésite : Mot-valise de information et obésité.

Auteur : Nathalie Schipounoff

Voir : « Découvrez nos experts »

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